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La vision du Chef de l'Etat

LA VISION DU CHEF DE L'ETAT

La réforme du secteur de la sécurité que je souhaite pour la Côte d’Ivoire, intervient dans un contexte de renouveau démocratique, résolument tourné vers la paix, la stabilité et la prospérité.

Cette réforme doit être la matrice d'une véritable politique de développement,

qui tiendra compte du contexte national et de l'environnement international.

Pendant des années, la mission de sécurité se résumait à faire respecter la loi et à maintenir l’ordre.

La sécurité résultait de l'arrestation des auteurs des crimes et délits, de la sanction des auteurs d’infractions, de l'ordre imposé sur la voie publique, de la protection des personnalités, des édifices publics, et de la protection des personnes et des biens.

Cette conception traditionnelle de la sécurité doit évoluer aujourd'hui.

A cet égard, je partage le point de vue de Monsieur Kofi Annan qui disait à juste titre que:

« Le concept de sécurité humaine englobe les droits de l'homme, la bonne gouvernance, l'accès à l'éducation et aux soins de santé ainsi que la possibilité́ pour chaque individu de faire des choix et de saisir les opportunités qui lui permettront de réaliser son potentiel. Chaque pas dans cette direction est aussi un pas vers la réduction de la pauvreté, la croissance économique et la prévention des conflits. »

C’est dans cette vision, plus large, que doit s’inscrire la Réforme du Secteur de la Sécurité dans notre pays.

Cette réforme contribuera ainsi à bâtir un Etat de droit, démocratique, fondé sur les valeurs d’une société pluriethnique, riche de sa diversité́ et basée sur les valeurs universelles contenues tant dans la Constitution ivoirienne que dans les Chartes des Nations Unies, de l'Union Africaine et de la CEDEAO.

Cette réforme sera conduite dans le cadre d'un vaste programme de transformation et de renforcement des Institutions. Elle commencera par les secteurs auxquels l'ensemble des citoyens reconnaissent un rôle majeur dans la construction d'un Etat de droit ; il s’agit de la Défense, de la Sécurité intérieure, de la Gouvernance économique, du Contrôle démocratique et de la Justice.

A cet égard, les Forces armées devront adhérer aux idéaux démocratiques. Ces forces, subordonnées au pouvoir civil devront en toutes circonstances, avoir un comportement républicain ; elles devront en plus de leurs missions classiques de défense de l’intégrité territoriale être capable de participer aux efforts de réconciliation, de redressement et de développement économique dans notre pays, ainsi qu'aux opérations de maintien de la paix et de la stabilité́ dans la sous-région.

Mon ambition est également d'offrir à la Côte d’Ivoire, une armée républicaine, homogène et professionnelle, respectueuse de tous les Ivoiriens et de toutes les personnes vivant sur notre territoire et qui méritera en retour le respect de l'ensemble des citoyens.

Dans le même idéal, les forces de Sécurité intérieure doivent incarner des valeurs républicaines et démocratiques afin de répondre de façon adéquate aux attentes des populations. Compte tenu de la complexité de leurs missions, une définition claire d’organisation et de collaboration est requise.

En effet, la paix publique conditionne la qualité de la vie et l'ensemble des activités économiques et sociales. Il est essentiel que l'Etat s'acquitte correctement de cette responsabilité.

Dans le cas contraire, les citoyens seraient tentés de retrouver des réflexes d'autodéfense ou de se tourner vers des pouvoirs de fait, aux dépens des libertés individuelles et de la cohésion sociale.

En matière de gouvernance économique, l'Etat devra exercer une responsabilité plus lisible de protection des producteurs et des consommateurs.

J'engage le Gouvernement à veiller à la transparence, à l'équité et à la sécurité dans les activités économiques. L'Etat doit assurer cette mission par le contrôle des normes de production que sont la qualité́ et la sécurité des produits, la concurrence, ou les relations entre producteurs, distributeurs et consommateurs.

Cette fonction, devenue plus importante avec l'ouverture de notre pays sur l'extérieur, doit pouvoir s'exercer dans tous les secteurs d'activités (agriculture, alimentation, industrie et services, y compris les services financiers).

En matière de contrôle démocratique, la norme étatique de droit doit désormais se rapprocher des autres sources de droit locales ou internationales, professionnelles ou contractuelles. Cette évolution est inévitable pour la lisibilité et la clarté des règles de droit.

C'est pourquoi, je demande qu'on légifère avec mesure, en consultant les Organisations de la Société Civile lors de la préparation des textes. Il y va de la sécurité de tous.

Enfin, concernant la justice, qui constitue un instrument essentiel de la réforme pour l'émergence d'un Etat de droit, elle devra être juste, impartiale et indépendante.

Elle devra répondre à la nécessité de rapprocher la Justice des Justiciables et aux contraintes du développement socio- économique durable du pays.

L'action conjuguée de tous ces acteurs de la sécurité doit s'inscrire dans un cadre international, régional et sous-régional de prévention des conflits et de lutte contre toutes les formes de menaces, et dans le cadre de la protection du citoyen.

Cette grande réforme du secteur de la sécurité, combinée à tous les efforts entrepris en vue du redressement de la Côte-d’Ivoire, doit emporter l'adhésion de tous, notamment de la classe politique et de l'ensemble des forces vives de la Nation. De notre comportement dépendra le succès de cette réforme.

Car comme le disait le Président Félix Houphouët Boigny: « La Paix, ce n'est pas un vain mot, c'est un comportement »

ALASSANE OUATTARA

Président de la République